Stanislas Draber Dans la vitrine, des fleurs de saison avec les oignons au bout de la tige, des exemplaires des Fleurs du Mal d’éditeurs divers, des livres anciens sur l’horticulture, des objets singuliers autour de l’art du jardin, sécateurs des jardiniers du Château de Versailles ou poteries d’Anduze, et des gravures originales de Jean Édouard Vuillard.

Stanislas Draber, fleuriste poète à Paris m’explique : « J’ai eu envie de faire ce lieu, juste l’envie. L’idée était de faire des fleurs de saison de petits producteurs et de vendre les Fleurs du Mal : j’ai une certaine passion pour Baudelaire, et je l’ai mis dans un jardin alors qu’il était complètement parisien et détestait les jardins et la campagne.

Pourquoi des fleurs de saison : parce que j’aime bien la lassitude des choses, la beauté naît de l’éphémère, on savoure la vie, on la trouve belle, parce qu’elle s’arrête un jour. Pour les fleurs c’est pareil, en ce moment, on arrive à la fin des anémones et des renoncules, et les gens attendent la suite, les roses de jardin parfumées, les pois de senteurs, les parfums.

Ici, il n’y a jamais plus de trois sortes de fleurs, en plusieurs couleurs mais toutes de saison, venant de petits producteurs autour de Paris et du sud de la France »

Stanislas Draber me met à l’épreuve, sentir une fleur, deviner son nom : je découvre qu’une tulipe peut ressembler à un oiseau de paradis et être parfumée, que les fleurs de saison produites localement sont rares, que s’il fait trop mauvais, il n’y en a pas et que les clientes du 6e arrondissement sont habituées à acheter des fleurs avec les oignons au bout de la tige, enveloppées dans du papier kraft avec la carte de la boutique piquée d’une épingle avec une perle.

« Ici, il n’y a ni agrafes, ni scotch, ni plastique, ce n’est pas possible. Vous repartez avec les tulipes et le bulbe qui leur a donné naissance, pour les replanter et avoir les mêmes tulipes l’année d’après. Cela m’a valu une très jolie histoire dans un restaurant proche, un monsieur voulait des fleurs sur la table pour annoncer à sa future épouse qu’il souhaitait l’épouser. Il m’a appelé et je lui ai conseillé les tulipes, de sorte que tous les ans, quand elles allaient réapparaître, ce sera l’anniversaire de la demande en mariage.

Un autre jour, on m’a demandé d’organiser une Saint Valentin : j’ai proposé à ce monsieur de dîner ici, après la fermeture du magasin. J’ai composé moi-même le menu, choisi le vin et mis un beau couvert avec un éclairage uniquement aux chandelles : on est en dehors du temps, on vit un moment où l’argent n’existe pas, dans un lieu public que l’on s’approprie, c’est comme si vous étiez dans un petit jardin, avec des fleurs fraiches partout. La personne invitée peut repartir avec toutes les fleurs qu’elle souhaite et le souvenir va perdurer plusieurs jours, puis chaque année, après qu’elles aient été replantées. »

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